Faire en sorte que l’inégalité des chances ne se transforme pas en inégalité des espoirs : c’est la conviction d’Alexandre JEDDA, Directeur Général du Pôle Interm’aide.
Dans cet épisode d’En Voix d’Inclusion, il nous parle d’un pôle d’insertion qui refuse le misérabilisme et revendique l’exigence. BTP, espaces verts, service à la personne… Derrière chaque activité, une même promesse : créer des ponts vers l’emploi durable pour celles et ceux qui en sont privés.
70 % de sorties dynamiques, et des parcours humains comme celui de Jackie, passé du chômage au CDI. Alexandre nous rappelle une chose simple : on est tous, à un moment de notre vie, en insertion.
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Chaïma : Bienvenue dans En Voix d'Inclusion, le podcast du Pôle Interm'aide. Notre invité est Alexandre Jedda, le directeur général du Pôle Interm'aide. Bonjour Alexandre, merci d'être là avec nous.
Alexandre : Bonjour Chaïma, merci pour l'invitation.
Chaïma : On va commencer par la question qu'on pose toujours. Qu'est-ce que l'insertion pour toi ?
Alexandre : L'insertion pour moi, c'est réussir à créer des opportunités et des ponts dont tout le monde ne bénéficie pas. Si je devais le formuler le mieux possible, ce serait de faire en sorte que l'inégalité des chances ne se transforme pas nécessairement en inégalité des espoirs.
Chaïma : Et justement, cette vision, on la retrouve dans ce que vous faites au quotidien. Si tu devais expliquer en 30 secondes le Pôle Interm'aide, c'est quoi et pour qui ?
Alexandre : Alors le Pôle Interm'aide, c'est un pôle d'insertion par l'activité économique et de service à la personne. Concrètement, l'idée, c'est, comme je le disais, de créer des opportunités d'emploi pour ceux qui en sont privés. On va recruter des personnes qui sont privées d'emploi et leur proposer de travailler pour nous au service du territoire sur des activités que nous on développe dans plusieurs domaines, que ce soit le BTP, les espaces verts, la voirie, le service à la personne. Donc leur permettre de reprendre une activité professionnelle ou de prendre une activité professionnelle pour les conduire vers une activité qui s'inscrira davantage dans la durée, de construire leur projet.
Et aussi sur la partie service à la personne, d'accompagner des personnes qui en ont besoin sur le territoire, répondre à des besoins spécifiques du territoire. La dépendance, c'est un sujet majeur en France et le secteur sur lequel on intervient n'est pas épargné non plus.
Chaïma : On comprend bien ce que vous faites aujourd'hui. Et derrière tout ça, la raison d'être du Pôle Interm'aide avec tes mots ?
Alexandre : Alors la raison d'être du Pôle Interm'aide, c'est d'être un pôle territorial de compétences au service du retour durable à l'emploi. Donc ça, ce sont les mots qu'on a écrits collectivement avec les clients, partenaires, salariés et la gouvernance.
Avec les miens, c'est surtout être des professionnels. Sortir de l'image que l'on peut avoir de l'insertion pour montrer qu'on est capable de faire de belles choses, de grandes choses, et surtout de bonnes choses, dans les missions qui nous sont confiées. Avant toute chose, on a beaucoup de clients qui attendent de nous des résultats, et on s'engage à ce que ces résultats soient atteints sur les missions qui nous sont confiées, dans les différents secteurs d'activité sur lesquels on intervient.
On se veut être de vrais professionnels, on développe des savoir-faire, des métiers. On se forme, on se mécanise, on se professionnalise tous les jours. Et nos salariés avec nous, qu'ils soient permanents ou non permanents, qu'ils soient là pour plusieurs années ou de passage, il y a un vrai enjeu à ce niveau-là. La raison d'être du Pôle Interm'aide, c'est ça, c'est d'être de vrais professionnels exigeants et surtout à la hauteur des attentes qui sont placées en nous.
Chaïma : Ok, merci. Cette raison d'être, elle se voit aussi surtout sur le terrain. Est-ce que tu pourrais nous partager un exemple concret d'impact récent ?
Alexandre : Oui, bien sûr. J'en aurai plusieurs en réalité, mais je vais en prendre qu'un puisque c'est la question. Il est unique et universel à la fois. C'est un peu toute la richesse et la beauté des parcours que l'on a au sein du Pôle Interm'aide.
C'est Jackie. Jackie, c'est un salarié qui a travaillé chez nous pendant plusieurs années, qui était privé d'emploi quand on l'a recruté, qui est resté chez nous quelque temps, avec une difficulté à se projeter. Et en fait, on a réussi à travailler. Le travail, je pense, lui a redonné confiance. L'accompagnement aussi du Pôle Interm'aide lui a redonné confiance.
Et comme je le disais en introduction, on a surtout su créer les opportunités qui lui ont permis de retrouver un emploi durable chez un de nos partenaires, l'entreprise Urbaser — j'en profite pour les remercier pour l'opportunité. En fait, on a créé le pont et une fois que cette opportunité a été créée, lui, il l'a saisie et très vite, ça s'est matérialisé par une offre de contrat à durée indéterminée.
Donc voilà, je pense que si nous, on n'avait pas été là, ce pont-là ne se serait peut-être pas créé ou en tout cas pas tout de suite. Nous, on a pu accélérer les choses et faire en sorte que l'essai soit transformé. Mais voilà, ça arrive souvent. On aimerait que ça arrive encore plus. Mais en tout cas, on est là pour ça. Et on est ravis quand ça se produit.
Chaïma : Parfois, quelques chiffres, ça aide aussi à se rendre compte de l'impact réel qu'on peut avoir. Et pour ça, pourrais-tu nous donner les trois chiffres clés de 2025 à retenir ?
Alexandre : Oui, les trois chiffres clés pour moi. Parce que je pense qu'il y en a encore d'autres à donner.
Mais pour moi, le premier, ce serait effectivement 70% de sorties dynamiques. Alors qu'est-ce que ça veut dire ? Parce que quand on n'est pas un initié de l'insertion par l'activité économique, c'est un chiffre un peu barbare et brut. 70% de sortie dynamique, c'est de dire qu'en fait 7 personnes sur 10 que l'on a employées au sein du Pôle Interm'aide ont trouvé une solution à la fin de leur période de contrat chez nous.
Alors cette solution, elle peut être différente. Ça peut être un contrat à durée déterminée, une mission d'intérim, un autre contrat dans une structure d'insertion par l'activité économique sur une précision du projet professionnel. Ça peut être l'activation des droits à la retraite, l'entrée en formation qualifiante. En tout cas, c'est de dire que sur 10 personnes qui sortent, il y en a 7 qui sortent avec une opportunité.
Parmi ces 7 personnes qui sortent avec une opportunité, il y en a 4 qui sortent directement vers l'emploi. L'emploi durable ou transition. Pour les auditeurs, pour distinguer : l'emploi durable, c'est CDI, CDD de 6 mois ou plus, ça va être titularisation dans la fonction publique ou création d'entreprise. L'emploi de transition, ce sont des contrats de plus courte durée, donc des CDD de moins de 6 mois, des missions d'intérim. Mais en tous les cas, c'est une solution d'emploi immédiate pour 4 d'entre eux sur 10 qui sortent. Donc ça, c'est vraiment une fierté.
Et si je devais donner un autre chiffre aussi, c'est 2,2. Alors pourquoi 2,2 ? C'est parce que pour chaque euro que l'État investit sur un parcours d'insertion par l'activité économique, puisque nous, on bénéficie aussi de subventions publiques pour mener à bien notre mission — ça représente entre 20 et 25% des produits du Pôle Interm'aide, donc le reste c'est de l'activité, c'est du chiffre d'affaires — pour autant, pour chaque euro investi par l'État ou par les pouvoirs publics, puisque le département aussi nous finance, et certaines communes, on réinjecte 2,20 euros dans l'économie. Par le paiement des salaires, des cotisations, par les fournisseurs auxquels on fait appel pour acheter les matières dont on a besoin, pour les véhicules qu'on achète.
Donc ça, c'est aussi une vraie fierté, c'est de dire qu'on essaye de faire en sorte que l'argent qui nous est alloué pour mener à bien notre mission soit utilisé avec sens et surtout bien utilisé.
Chaïma : Malgré tout ça, l'insertion reste encore souvent mal comprise. Alors selon toi, quel mythe faudrait-il déconstruire ?
Alexandre : Le misérabilisme. Je pense que le terme d'insertion a souvent été à tort associé à une image un peu misérabiliste. Et il faut lui redonner ses lettres de noblesse. L'insertion, c'est un terme assez noble. Et pour nous, l'insertion par l'activité économique, c'est vraiment quelque chose qui est utile à la société, au projet social qui nous unit les uns aux autres.
Donc voilà, c'est vraiment le mythe à déconstruire. On est tous en insertion à un moment ou l'autre de sa vie. Alors nous, forcément, on est sur une dimension très professionnelle et professionnalisante, mais on est en insertion quand on intègre, par exemple, une école, à quelque niveau que ce soit. On est en insertion quand on termine ses études. On peut être en insertion entre deux emplois, dans un emploi, quand on prend son poste, avant de travailler.
À plusieurs étapes de sa vie, on se retrouve en insertion. Et donc, c'est juste quelque chose de naturel. Et c'est toujours plus simple quand on est accompagné pour ça. Ce que je disais en préambule : l'inégalité des chances, c'est une réalité. Et donc en fait, pouvoir être parfois accompagné, encadré, aidé dans le cadre d'une insertion, c'est nécessaire.
Et donc voilà, le mythe à déconstruire, c'est cette vision un peu misérabiliste. La personne qui serait insérée, un peu trois bras, quatre jambes, deux têtes, alors qu'on est tous identiques les uns aux autres et on est tous, à une étape de notre vie, un moment de notre vie, en insertion.
Chaïma : Donc si je résume, l'insertion ce n'est pas seulement trouver du travail, c'est aussi reprendre confiance en soi, permettre à la personne de se projeter et aussi retrouver ses repères.
Alexandre : Oui, tout à fait, tout à fait. Même si nous on se voit un peu plus humble par rapport à ça, mais c'est vrai que si on peut amener à ça, ce serait l'idéal. Mais l'idée pour nous encore une fois, c'est de l'amener aussi vers des opportunités qu'elles n'auraient pas traditionnellement. Et effectivement, je pense qu'avec ces opportunités-là, la confiance, les repères se retrouvent ensuite. Mais vraiment, c'est être créateur et pourvoyeur d'opportunités.
Chaïma : Et selon toi, d'où viennent ces préjugés ?
Alexandre : Je ne sais pas. Je pense qu'il y a tout un phénomène conjoncturel autour de ça, lié à une situation plus macro, plus grande, et forcément la représentation qui peut en être faite aussi par certains à tort. Alors que je le trouve, l'insertion par l'activité économique, c'est vraiment une innovation sociale.
À l'origine, ça a été vraiment conçu comme un laboratoire social, pouvoir proposer un dispositif innovant de médiation vers l'emploi, par l'emploi, pour l'emploi. Et donc je pense que, je reviens à ça, ça a un peu perdu ses lettres de noblesse au fil du temps, alors qu'on est vraiment sur quelque chose d'innovant socialement, qui permet de faire de la médiation de manière nouvelle et avec des outils qui sont éprouvés aussi avec le temps. On a prouvé que ça marchait.
Alors après, il faut effectivement être dans une dynamique constante parce que le marché de l'emploi évolue sans arrêt. Les exigences aussi en termes de compétences, d'adaptation, ce qu'on appelle aussi les compétences transférables évoluent. Les attentes aussi des candidats, des salariés. Donc voilà, il faut accompagner tout ça. Mais il faut rappeler que c'est quand même quelque chose d'innovant et surtout d'efficace.
Chaïma : Ok, merci. Ça permet vraiment d'avoir un autre regard sur l'insertion.
Alexandre : Merci de m'avoir laissé l'opportunité de le donner.
Chaïma : Pour finir et se projeter un peu vers la suite, en un mot ou en plusieurs, 2026 sera ?
Alexandre : Elle sera ambitieuse dans un contexte un peu compliqué, beaucoup d'incertitudes. Pour autant, on n'en est pas moins ambitieux. Comme je le dis, les résultats, que ce soit économiques, mais surtout aussi d'insertion, sont positifs.
Sur les enjeux aussi de service à la personne, je le disais, on a une structure aussi de service à la personne. On voit que les besoins sur le territoire augmentent. La dépendance, c'est aussi un enjeu et on est présent aussi à ce niveau-là.
Donc il faut vraiment qu'on continue d'être ambitieux parce qu'avant tout, on se veut être des professionnels de ce qu'on fait et on intervient sur plusieurs secteurs d'activité. On a beaucoup de clients qui nous font confiance. Et donc l'exigence qu'on s'impose suppose qu'on le soit aussi. Il faut monter en compétences, il faut aussi se mécaniser, se former, former nos salariés. Donc il y a vraiment beaucoup d'enjeux. Donc il faut savoir se montrer ambitieux, ce sera le mot d'ordre de cette année 2026.
Chaïma : Merci Alexandre Jedda pour cet échange. Merci à tous d'avoir écouté. Abonnez-vous au podcast et partagez cet épisode si ça peut aider autour de vous. C'était En Voix d'Inclusion, donnez de la voix, trouvez sa voie.