Dans ce deuxième épisode d’En Voix d’Inclusion, Alexandre reçoit Karim Douaoui, directeur technique, et Tom Orhan, directeur général adjoint en charge du développement au sein du Pôle Interm’aide.
À travers leurs parcours et leur expérience de terrain, ils nous invitent à découvrir l’insertion vue de l’intérieur : une démarche qui ne se limite pas à accompagner des personnes vers l’emploi, mais qui consiste aussi à leur redonner confiance, à développer leurs compétences et à créer des passerelles durables avec les entreprises et les territoires.
Comment concilier accompagnement humain, exigences techniques et réalité économique ? Quel rôle jouent les chantiers, la formation, les conseillers en insertion professionnelle et les partenaires locaux ? Comment mesure-t-on concrètement l’impact d’une structure d’insertion ?
Karim et Tom reviennent sur les réalités parfois invisibles de leur métier : le maillage territorial, la recherche de nouveaux projets, la qualité des prestations, la confiance accordée aux équipes, la créativité nécessaire pour résoudre les difficultés du quotidien et l’équilibre permanent entre performance économique et utilité sociale.
Ils partagent également des exemples de parcours réussis, dans lesquels la réalisation d’un chantier, la montée en compétences et la mobilisation d’entreprises partenaires ont permis à plusieurs salariés d’accéder à un emploi durable.
Un échange concret et engagé qui rappelle que faire appel à une structure d’insertion, ce n’est pas faire de compromis sur la qualité : c’est donner une valeur sociale supplémentaire à un projet et contribuer, à son échelle, à améliorer des vies.
Car, à un moment ou à un autre, nous sommes tous en insertion.
Alexandre : Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans En Voix d'Inclusion. Pour ce deuxième épisode de notre podcast, nous vous proposons de découvrir l'insertion vue de l'intérieur : l'engagement, l'équilibre et l'impact.
Jingle : Bienvenue dans En Voix d'Inclusion, le podcast du Pôle Interm'aide.
Alexandre : Aujourd'hui, nous recevons Karim Douaoui et Tom Orhan. Avec eux, nous allons essayer de mieux comprendre ce que recouvre concrètement l'insertion, comment elle se vit au quotidien et comment se conjuguent accompagnement humain, exigence économique et impact social. Karim, Tom, bonjour.
Tom : Bonjour Alexandre.
Alexandre : Pour commencer, est-ce que vous pouvez chacun vous présenter en quelques mots, expliquer votre rôle et nous dire ce qui vous a amenés à travailler dans l'insertion, de façon exprès ou pas ?
Karim : Très bien. Karim Douaoui, directeur technique du Pôle Interm'aide. Mon travail, c'est l'accompagnement des équipes au quotidien, la résolution des problématiques chantiers éventuelles et le développement de nos actions, développement commercial et technique.
Karim : J'ai été amené à travailler dans l'insertion par hasard. J'ai intégré une association qui réalisait du chantier de bénévoles internationales et qui réalisait des actions de formation. Et ils avaient également un dispositif d'insertion.
Karim : Donc, heureux hasard. Et toi, Tom ?
Tom : Alors, Tom Orhan, directeur général adjoint du Pôle Interm'aide, en charge du développement pour l'ensemble de nos structures. Et plus particulièrement, j'accompagne les différents responsables sur trois de nos structures, dont deux dans l'insertion par l'activité économique, notre entreprise de travail temporaire ainsi que notre association intermédiaire. Et je m'occupe également du développement de notre structure des services à la personne.
Tom : Je suis arrivé dans l'insertion pas forcément par hasard. Je pense que c'est deux expériences significatives, dont parcours professionnel, qui ont permis effectivement d'arriver ici. Donc, j'ai travaillé, tout au début de ma carrière, dans le social, puis après dans l'activité économique pure.
Tom : Et quand cette opportunité s'est présentée à moi de rejoindre l'insertion par l'activité économique, que je ne connaissais pas, je trouvais que les deux, en tout cas, faisaient sens et me permettaient d'allier mes deux expériences significatives dans le cadre de mon parcours.
Alexandre : Ça marche. Donc, justement, on entend souvent parler de l'insertion, mais derrière ce mot, il y a des réalités concrètes. On va commencer par la question qu'on essaie de poser tout le temps dans nos épisodes. Pour vous, qu'est-ce que l'insertion ? Quelle serait votre définition de l'insertion ?
Karim : Pour moi, l'insertion, c'est un mode de mobilisation, uniquement un mode de mobilisation, un mode de recrutement, un mode de salariat de nos salariés. C'est une belle tautologie. Il s'agit simplement de remobiliser nos collègues vers l'emploi au travers de la formation, d'un accompagnement. Trois temps du chantier : formation, accompagnement et réalisation technique sur le support. Pour moi, c'est une opportunité donnée à des personnes éloignées de l'emploi ou privées d'emploi, comme dirait notre directeur général, afin de pouvoir se former et de partir vers l'emploi.
Alexandre : Est-ce que cette définition a évolué avec le temps ?
Karim : Pour moi, pas véritablement. Les métiers ont changé, la formation a changé, la pédagogie employée pour leur progression professionnelle et technique a changé. Les métiers techniques, les outils, les moyens de les mettre en œuvre, tout ça a su évoluer. Mais le dispositif en lui-même, il s'est recalibré, mais il n'a pas véritablement changé.
Alexandre : Et toi, Tom, est-ce que tu as la même vision de l'insertion ?
Tom : Alors, la vision de l'insertion, j'en avais eu une autre avant d'arriver, qui était très connotée. J'ai appris à découvrir lors de mes premiers entretiens, que ce soit le président, la directrice générale. J'ai effectivement eu un autre regard, puis après de l'intérieur. Donc, j'ai vu évoluer avec les contraintes et les restrictions que l'État a mises en place, et l'exigence aussi avec, aujourd'hui, les missions qui sont confiées aux structures d'insertion, notamment avec des indicateurs de suivi, avec un retour à l'emploi durable beaucoup plus exigeant par les pouvoirs publics.
Tom : Donc oui, il a évolué dans le bon sens, en lien avec les missions principales. Et aujourd'hui, oui, je peux dire qu'entre notre arrivée, quand j'ai commencé il y a quatre ans, et aujourd'hui, l'emploi durable, d'ailleurs, ça nous a permis de transformer aussi nos valeurs, de se concentrer davantage. C'était la réécriture de nos valeurs après presque quarante ans d'existence. Et donc, se recentrer avec ce qu'a dit mon collègue tout à l'heure, Karim : la formation, l'accompagnement, mais aussi les partenariats avec les entreprises extérieures.
Alexandre : Justement, avec ces restrictions, alors là, peut-être, du coup, c'est ça aussi qui motive quelque part et qui engage. Qu'est-ce qui vous motive au quotidien dans votre travail ?
Karim : Au-delà du bien-être de nos équipes et de la pleine satisfaction de nos clients, ce qui nous motive, c'est la satisfaction, la qualité de nos ouvrages, et puis le désir d'aller chercher de nouveaux supports, de nouvelles pratiques, de professionnaliser un maximum nos équipes et puis d'arriver à ce que les clients nous fassent confiance au travers de nouveaux chantiers, de chantiers peut-être plus grands, plus gros, plus aboutis. Essayer de créer un véritable réseau avec nos clients et nos salariés. Tom, quelque chose à ajouter ?
Tom : Ce qui me motive au quotidien, effectivement, c'est la réussite, la réussite, l'aboutissement chez nos clients des missions qui nous sont confiées, la sortie à l'emploi durable des salariés. Ce qui me motive au quotidien, c'est d'essayer d'améliorer, effectivement, contribuer à améliorer des vies, parce qu'on n'en sauve pas, mais on en améliore quand même quelques-unes. Et c'est surtout aussi amener un autre regard, en tant qu'acteur important de la métropole, sur l'inclusion, un autre regard sur les métiers, parcours, et montrer qu'effectivement la possibilité de partenariat est avant tout une satisfaction de côté. Donc, que ce soit la réussite professionnelle demain pour les salariés qui passent chez nous en transition, mais également la confiance qui nous a accordé depuis quelques années déjà avec certains acteurs et qui se multiplient par les échanges aussi que peuvent avoir les uns avec les autres.
Alexandre : Ça marche. Ma question suivante, c'était : qu'est-ce que les gens ne voient pas forcément dans votre métier, dans votre responsabilité ? Parce que, des fois, qu'est-ce qui est le plus difficile à faire comprendre à quelqu'un qui n'est pas du milieu, finalement ?
Tom : Je peux démarrer, effectivement. Alors, ce qui n'est pas forcément visible, c'est tout ce maillage territorial. Tout ce maillage territorial qui s'organise dans notre métier. Je pense qu'effectivement, des périodes, par exemple, les vœux des collectivités.
Tom : Tous les gens ne voient pas que quasiment tous nos week-ends sont pris pour aller rencontrer nos clients, collectivités, partenaires. Que ce soit les réunions de réseau, que ce soit à travers des rencontres prévues, à travers des inter-réseaux. Donc, c'est cette dimension-là, partenariale, qui est incarnée par l'ensemble du CODIR, que les gens ne voient pas forcément au quotidien.
Tom : Les collaborateurs le savent. Parce que, forcément, quand on a des gros marchés qui arrivent, des gros démarrages d'activités, ils savent bien que ça ne tombe pas forcément comme ça, par hasard. Mais cette partie-là, immergée de l'iceberg, est moins perceptible par nos collègues au quotidien.
Alexandre : Karim, du coup, en interne ou en externe, finalement, qu'est-ce que les gens ne voient pas sur tes missions quotidiennes ?
Karim : Je crois que nos collègues ne voient pas l'animation, parfois, de nos valeurs. Vous savez, on a tendance à dire que chacun voit un peu le bout de sa lorgnette. Et c'est vrai qu'on est tous pris dans notre activité, dans cette satisfaction client dont je parlais tout à l'heure.
Karim : Et donc, ce que les collègues ne voient pas toujours, c'est cette animation de valeur. La confiance qu'on s'est donnée à des aides-encadrants, quand on décide de les passer à des aides-encadrants, alors qu'a priori il y a peut-être encore quelques manques, quelques difficultés. La bienveillance qu'on peut avoir, justement, vis-à-vis d'eux pour pouvoir les promouvoir.
Karim : La responsabilité aussi qu'on sait leur donner. Le goût de la réussite également. Donc, c'est toute cette action-là que nos collègues, parfois, ne voient pas.
Karim : Et je dirais, pour ma part, ce que les gens ne voient pas, c'est toute la créativité, évidemment, qu'on met en œuvre au quotidien, chaque jour, quand on a des problèmes et qu'il faut savoir les résoudre, une problématique technique ou une problématique mécanique. Voilà, on fait le grand écart en permanence sur l'ensemble de nos supports.
Alexandre : Alors, l'insertion, c'est aussi un équilibre permanent entre accompagnement humain et réalité économique. Comment trouvez-vous l'équilibre entre les impératifs de gestion d'une structure et la mission d'accompagnement des salariés en insertion ?
Tom : Alors aujourd'hui, on a quand même mis en place des indicateurs qui nous permettent d'aider à la décision. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, quand on vend effectivement une prestation, cette prestation, elle est incluse. Donc, la partie modèle économique, il est forcément lié à l'insertion et l'accompagnement.
Tom : Quand on vend, on fait un devis, il est totalement transparent. Donc, on a trois niveaux de prix. On a le premier, le prix, ce qu'on reverse aux salariés, ce qu'on reverse aussi à l'accompagnement.
Tom : Ce qui inclut effectivement également tout ce qui est aussi achats divers et variés pour équiper nos salariés. Nos prix sont totalement transparents. Et quand on valide effectivement un devis, ce devis est cohérent avec une rentabilité économique.
Tom : Et donc, notre modèle est, encore une fois, désintéressé. On est une association à but non lucratif. Et donc, le retour sur investissement, il est sur l'humain.
Tom : Et donc, forcément, cette dimension-là a aujourd'hui, on ne retrouve pas forcément de difficultés sur ces impératifs qui ont été déjà intégrés dans nos prestations de services ou notre mise à disposition auprès de nos clients.
Alexandre : Karim, on pourrait imaginer, se dire : on va réduire le nombre d'heures d'accompagnement des conseillers en insertion professionnelle pour économiser de l'argent, parce que c'est un coût, finalement. Éventuellement, on n'aurait pas répercuté ça sur nos devis pour finalement proposer des devis moins chers. Est-ce que ça a du sens ? Est-ce que c'est vrai ?
Karim : Pour moi, ça n'aurait pas beaucoup de sens, parce qu'on s'éloignerait de notre engagement d'insertion, parce qu'on sait bien qu'il est directement corrélé, le taux de réussite à l'emploi, le retour. De manière générale, il est corrélé au nombre de personnes accompagnant. Moins on a de collègues CIP, moins on a de qualité dans nos retours.
Karim : La technique nous fait vivre au quotidien, mais les sorties vers l'emploi… Évidemment, les encadrants techniques sont pourvoyeurs de contacts, de réseaux et autres, mais les collègues CIP font un travail de terrain qu'on supprimerait, n'aiderait en rien à nos sorties vers l'emploi. Et on sait très bien que l'insertion, c'est deux jambes : c'est la technique et c'est l'insertion par l'accompagnement social et professionnel. Et donc, un peu comme la marche, c'est un déséquilibre permanent qui nous fait avancer.
Alexandre : Ça marche, merci. Est-ce qu'il y a un moment, une situation, un parcours qui vous a particulièrement marqué et vous vous êtes dit : là, là, vraiment, j'ai eu un impact ?
Karim : Oui, bien sûr, des parcours de chantier essentiellement. Je suis branché technique, vous l'avez compris, je suis directeur technique, alors forcément, j'ai un biais. Je dirais le parcours de réussite au travers d'une belle réalisation technique, d'un beau chantier, où nous avons eu du gros œuvre à du second œuvre, où, sur les sept salariés mobilisés, cinq sont partis à l'emploi, au travers d'entreprises partenaires avec qui nous avons travaillé sur le chantier. Donc, je pense que ça résume assez bien notre qualité technique déjà, de confiance que le client a pu avoir dans nos chantiers et de la réussite de nos collègues. On le voit, un bon support permet l'épanouissement du salarié, la découverte de nouvelles pratiques et la sortie vers l'emploi pour plus d'efficience en entreprise.
Alexandre : Tom, comment reconnaît-on finalement, concrètement, l'impact de l'insertion ?
Tom : Moi, c'est cette révolution aujourd'hui. On n'a pas à rougir de l'impact. C'est nos clients, clients finaux, et même nos salariés qui nous recommandent.
Tom : Beaucoup de salariés sont prescripteurs : « Moi, je suis passé par Interm'aide. Aujourd'hui, je travaille à tel endroit. »
Tom : Je parle de plusieurs job datings organisés avec des entreprises qui, aujourd'hui, veulent passer exclusivement par nous pour leur recrutement. Je parle de collectivités qui font appel uniquement à nous parce qu'ils savent qu'ils vont avoir des salariés expérimentés, formés. Donc, cet impact-là, il se traduit vraiment de manière significative avec l'ensemble des commentaires qu'on peut retrouver.
Tom : Aujourd'hui, on n'a pas à rougir quand on demande à nos clients de témoigner. Donc, c'est eux qui parlent le mieux de nous, et nos salariés également. Donc, les retours sont assez unanimes, avec des taux de satisfaction qui sont, que ce soit salariés ou clients, à la hauteur, en tout cas, de ce qu'on souhaiterait amener à travers nos valeurs.
Alexandre : Ça marche.
Alexandre : Pour terminer, quel message aimeriez-vous adresser aux auditeurs, aux entreprises, aux partenaires qui nous écoutent aujourd'hui ?
Karim : Tout simplement, au-delà de la confiance qui est dans une de nos valeurs, je dirais : donner une valeur sociale à un faux chantier, donner un plus, puisque, de toute façon, sur l'aspect technique, on répondra de la même manière que les autres, avec autant de qualités. Donc, donner une valeur sociale, donner une chance à nos salariés pour un avenir meilleur.
Alexandre : Ça marche. Tom, le mot de la fin ?
Tom : Le mot de la fin, petit clin d'œil à notre équipe communication marketing qui aime les slogans. Donc, ça fait partie aussi du jeu, c'est de se dire qu'aujourd'hui, je pense que beaucoup d'entreprises n'ont pas encore eu la chance, parce que je disais une chance, de pouvoir créer un partenariat. C'est une chance dans les deux sens.
Tom : Donc, pour nous, en tout cas, une entreprise qui nous essaye, c'est plutôt une entreprise qui nous adopte. Donc, « l'essayer, c'est l'adopter », ce serait la phrase pour conclure. Mais c'est dans les deux sens.
Tom : C'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a la chance d'avoir des partenaires qui nous font confiance, qui vont être prescripteurs. Donc voilà, à vous aussi de franchir le pas et d'encourager aussi les autres à le faire. Parce qu'à un moment ou à un autre, on est tous en insertion.
Alexandre : Tom, Karim, merci à tous les deux pour cet échange.
Tom : Merci à toi.
Karim : Merci.
Alexandre : Donc, à travers vos témoignages, on retient que l'insertion, ce n'est pas seulement accompagner vers l'emploi, c'est aussi croire en des parcours, créer des opportunités et construire des passerelles durables vers les entreprises et les territoires. Merci à vous, auditeurs, de nous avoir écoutés et à très bientôt pour un prochain épisode. C'était En Voix d'Inclusion : donnez de la voix, trouvez sa voie.
Jingle : Le podcast du Pôle Interm'aide.